Exploration d’une infime partie des catacombes interdites de Paris, sous le 14ème arrondissement.
L’aventure intérieure
Dans une rue du 14ème, Tetris désigne une plaque métallique au sol, que rien ne permet de distinguer d’une autre. Un tour de clé et quelques barreaux d’échelle plus tard, nous voilà descendus à un premier sas de plusieurs mètres carrés. A son extrémité, un escalier en colimaçon en pierre. Mes deux amis allument leur lampe torche, j’active le panneau led de l’appareil photo et mets mon casque. Nous échangeons des regards, qui en disent long sur le mélange de joie et d’impatience d’explorer ce lieu mythique. Notre guide nous demande en souriant si nous sommes prêts. Notre réponse ne se fait pas attendre, avant qu’il ne descende les premières marches. Ça y est, le moment tant attendu est arrivé. Commence ainsi notre périple dans les catacombes interdites de Paris.
Fourmilière
Une trentaine de mètres plus bas, nous sommes arrivés au plus profond du sous-sol parisien. Au-dessus, les conduites de gaz, de téléphone et d’électricité, les égouts, les caves et parkings souterrains, les lignes de métro et de RER. En-dessous, les nappes phréatiques. Près de 300 km de galeries s’étendent autour de nous, dont nous ne parcourrons qu’une dizaine cette nuit. Non pas que nous ayons manqué de temps ou de volonté pour en visiter davantage, mais d’énergie, en particulier me concernant. Car ces anciennes carrières de calcaire ont été creusées à une époque où les ouvriers ne mesuraient pas deux mètres de haut. D’où un record de distance en squat et de durée de courbatures, qui en valaient cependant largement la peine.
Mille-feuille
Chaque galerie, chaque salle mériterait la plus grande des attentions, tant il y a d’éléments à découvrir. Comme les indications officielles, telles que le nom de la rue passant au-dessus – permettant de se repérer facilement dans ce dédale – et la date d’inspection/consolidation. Il y a aussi les graffitis, nombreux et en souvent bon état, malgré la forte humidité ambiante. Plus épisodiquement, des mosaïques, qui rappellent l’engouement pour cet art, à Paris, à Nancy comme ailleurs. Enfin, ici, le long d’un couloir, des sculptures ; là, un visage gravé dans un pilier.
A défaut de pouvoir fouiller chaque point de fond en comble, je vous invite à découvrir le site catacombes.xyz, qui est une mine d’informations mettant à disposition des cartes 3D de certaines salles.

Histoire
Ce vaste réseau souterrain a été creusé entre le 12ème et le 18ème siècle, pour extraire la pierre calcaire nécessaire à la construction des immeubles en surface. Dans les années 1770, suite à l’effondrement de plusieurs rues et immeubles, un service a été créé pour inspecter et consolider les galeries : l’inspection générale des carrières.
En parallèle, avec l’augmentation de la population, les cimetières et fosses communes intra muros débordent. Allant jusqu’à contaminer l’eau des puits et filtrer à travers les caves des immeubles, provoquant alors maladies et épidémies.
Face à ce double constat, décision est prise, en 1785, de transférer les ossements du cimetière des Saints-Innocents – le plus important de Paris – dans les puits de service des anciennes carrières. L’opération sera reproduite pour d’autres cimetières, à l’occasion de travaux d’urbanisme, notamment lors des chantiers haussmanniens de 1859.
Plusieurs millions de personnes reposent ainsi dans les catacombes de Paris, qu’elles soient officielles ou interdites.
Davantage d’infos ici et là.

Idéfix
Ces ossements nous obsédaient quelque peu, avant de descendre dans les catacombes. Comment allons-nous réagir face à un crâne, à un fémur, à une grande quantité d’entre eux ? Vomir, prendre nos distances ou nous en amuser ? Au carrefour des morts, face aux premiers restes, la réponse fut immédiate : aucune autre réaction que de la curiosité. Morbide, certes, mais rien de plus. N’étant pas médecins, chirurgiens et encore moins apparentés à Xavier Dupont de Ligonnès, nous profitons de l’occasion pour observer pour la première fois les contours, la construction et l’intérieur d’os humains. Fascinant !
Petit train
Nous suivons Tetris de salles en galeries, ouvrant la voie parfois plusieurs mètres devant nous, sans profiter de notre éclairage, aux seules lueurs de son enceinte connectée diffusant du metal symphonique. C’est dire s’il connaît par coeur les catacombes. Vient le tour de notre amie de prendre le rôle de locomotive, guidée par les indications de Tetris. D’abord quelque peu inquiète de fendre l’obscurité, elle se prend progressivement au jeu, jusqu’à finalement adorer l’exercice. Mon ami de toujours en urbex tient la troisième position, tandis que je ferme la marche, stoppant régulièrement le convoi pour prendre des photos. Au hasard des galeries attenantes, nos lumières mouvantes créent des jeux d’ombres propices à l’imagination et à l’expérience. The Descent IRL.
Loin d’être désertiques, nous croiserons beaucoup de monde dans les catacombes interdites de Paris. Des amateurs de dub tenant les murs, des habitués progressant vers une galerie inférieure, des touristes en crocs.
Soirée
Après cinq heures de visite, nous retournons au point de départ de la boucle : la salle Byzance. L’occasion de savourer les hotdogs préparés par Tetris, que nous avions gardés dans nos sacs pour ne pas appâter les rats, tandis que nous nous étions délestés de la plupart des boissons dans l’une des entrailles du lieu. La soirée peut commencer avec les amis de Tetris, qui nous ont accueilli chaleureusement, dans un mélange de musique, de bougies et de léger fumigène. Je salue ici entre autres La Peste et BrewDog, avec qui j’ai eu le plaisir de discuter.
Là-haut
Nous remontons à la surface en expérimentant la profondeur de certaines nappes phréatiques. L’eau montant au-dessus de mes genoux, je transfère le smartphone dans une poche de la polaire pour ne pas qu’il boive la tasse. La température y est clémente toute l’année – entre 16 et 18°C –, transformant les catacombes en abri de fortune lors des vagues de froid et de chaleur intenses.
De retour sous le ciel parisien, je m’attendais à une sensation de décompression, voire de libération, après huit heures passées enfermés. Il n’en fut rien. Une normalité chasse l’autre. Nous étions tout simplement trempés, fatigués, mais heureux. Heureux d’avoir pu explorer un lieu aussi mythique, qui plus est dans d’aussi bonnes conditions. Un immense merci au Vosgien pour ce plan de folie et la mise en relation, à Tetris pour sa gentillesse et sa disponibilité hors du commun, à ses amis pour leur accueil à bras grands ouverts, à mes deux potes d’avoir participé à cette aventure. Coeur avec les doigts, tout ça.
Nous n’avons visité qu’une infime partie des catacombes et nous avons déjà hâte d’y redescendre. A suivre !


Article publié en juillet 2026.
Photos prises avec :
– Boîtier Nikon D750
– Objectif AF-S NIKKOR 16-35mm f/4G ED VR




























































